Vivez le décollage d’Ariane 6 depuis Carapa !

Vivez le décollage d’Ariane 6 depuis Carapa !

Le 12 février 2026, Ariane 6 décollait du Centre Spatial Guyanais (CSG) dans sa configuration la plus puissante. Anthony Guimpier, chargé de médiation à Guyaspace Expérience, et son binôme Florian Fouchard, responsable exploitation et médiation, assistent régulièrement aux lancements depuis les différents sites d’observation proposés au public. Ce jour-là, Anthony était à Carapa. Récit d’une journée pas tout à fait comme les autres.

Ce 12 février n’est pas un lancement ordinaire. Pour la première fois, Ariane 6 décolle dans sa configuration A64 : quatre boosters au lieu de deux, doublant sa capacité d’emport à plus de 20 tonnes en orbite basse. Sous sa coiffe longue de 20 mètres, assez vaste pour abriter quatre girafes debout les unes sur les épaules des autres, le lanceur culmine à 62 mètres de haut, l’équivalent d’un immeuble de 20 étages. À son bord, 32 satellites de la constellation Amazon LEO, destinés à fournir un accès internet aux zones mal desservies. Premier lot d’une série de 18 lancements confiés à Arianespace ET tout premier vol commercial d’envergure d’Ariane 6.


Le premier lanceur Ariane 6 a 4 boosters (AR64) en zone lancement N°4 (ZL4) au Centre spatial guyanais, pendant le retrait de son portique. Son decollage pour le vol VA267 est imminent.

Ce lanceur, la version la plus puissante d’Ariane 6, placera en orbite les 32 satellites de la constellation Amazon Leo.

Au Centre spatial guyanais, plusieurs sites permettent d’assister à un lancement, chacun avec son ambiance. Le plus proche, Toucan, se trouve à 8 kilomètres du pas de tir : réservé aux invités institutionnels et aux VIP, c’est le poste d’observation le plus prisé. Un peu plus loin, le site Ibis, à 16 kilomètres, offre une vue en hauteur sur le pas de tir. Les places, accessibles sur inscription, partent en moins de 24 heures. Puis vient Carapa, à 17 kilomètres : ouverte à tous sans réservation, avec une jauge de 1 450 personnes, c’est le site le plus accessible pour le grand public.

Pour ceux qui préfèrent une ambiance plus libre, la plage de la cocoteraie, à 20 kilomètres, offre un panorama dégagé sous une lumière superbe, sans retransmission, mais avec le spectacle brut du décollage à l’horizon.

En salle Jupiter, au cœur du centre de contrôle, un autre monde encore : derrière une paroi vitrée, les équipes opérationnelles sont au travail, concentrées, tandis que dans les gradins, clients satellite, invités et observateurs suivent chaque étape du vol en temps réel.

A noter, un jour de lancement, le Centre spatial guyanais ne fonctionne pas tout à fait comme à l’habitude. La sécurité est renforcée, certains accès sont restreints, les visites sont suspendues la veille, le jour J et le lendemain. Guyaspace Expérience ferme exceptionnellement ses portes au grand public. Gare à anticiper pour acquérir à la boutique du site le polo dédié au lancement avant le jour J !

Cap sur la Carapa

C’est à Carapa qu’Anthony s’est positionné ce 12 février. « Je suis arrivé un peu après 10 h 45. Le décollage était prévu en début d’après-midi, mais déjà la file s’allongeait : le site ouvre deux heures avant le lancement. En période de vacances scolaires, mieux vaut anticiper pour être aux premières loges ! » Le soleil, lui, est bien au rendez-vous. Les parapluies sont de sortie, mais pour se protéger de sa chaleur. Même si certains finiront la journée bien cramoisis. Autour du site, tout est rodé : contrôle d’accès, espaces de restauration, boutique éphémère où apparaît le polo du lancement, écran géant pour suivre la retransmission. L’effervescence est palpable, sans agitation.

Le silence, puis le grondement

Le silence s’installe naturellement au moment de l’allumage. Pas de décompte scandé par le public. Tout le monde semble retenir son souffle. À 17 kilomètres de là, on distingue d’abord une lueur intense à la base du lanceur, puis un panache de fumée blanche qui envahit le pas de tir, des milliers de mètres cubes d’eau vaporisés par les flammes des moteurs.

Le lanceur s’élève, presque au ralenti, comme si les 850 tonnes de la fusée hésitaient à quitter le sol. Puis l’ascension s’accélère, la flamme orangée des quatre boosters trouant le ciel guyanais. On entend d’abord le cliquetis des appareils photo. Puis, une cinquantaine de secondes plus tard, le temps que le son parcoure les 17 kilomètres, le grondement parvient jusqu’aux spectateurs. Profond. Physique. Une vibration que l’on ressent dans la poitrine autant qu’on l’entend. Enfin, les applaudissements, lorsque le lanceur disparaît à l’horizon.

Un engagement au cœur de la filière 

Être présent à Kourou pour un tel moment, c’est se rappeler pourquoi une structure comme la Semeccel existe : parce qu’il y a, au bout de la chaîne, un lanceur qui décolle, des missions qui se réalisent, et un public à qui tout cela doit être rendu accessible.

Assister à un tir Ariane 6, c’est aussi mesurer l’aboutissement d’années de travail. Cette expérience nourrit directement la médiation proposée aux visiteurs. Comprendre comment se construit un lanceur, à quoi il sert, quels métiers le rendent possible… et voir, parfois, le fruit de ce travail s’élancer réellement vers l’espace. 

Même la faune guyanaise semble observer les lancements.