Sylvie Retailleau : « Se poser à chaque fois la question : mais pourquoi ? »

Sylvie Retailleau : « Se poser à chaque fois la question : mais pourquoi ? »

À l’occasion de sa visite à la Cité de l’espace mercredi 27 mai, Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience — l’établissement public qui réunit la Cité des sciences et de l’industrie et le Palais de la découverte —, a accepté de partager son regard. Entre émerveillement face au spatial et exigence de la démarche scientifique, elle revient sur ce qui rapproche nos deux maisons : transmettre, faire expérimenter, et susciter des vocations, en particulier chez les jeunes filles. 

Votre première réaction à chaud après cette visite ?

Le mot qui me vient, c’est « fantastique ». Au-delà de l’immersion, on est véritablement transporté, maintenu en permanence entre deux registres : ce fantastique propre au spatial, qui fait rêver, interpelle et réveille l’imaginaire, et l’équilibre avec le scientifique, l’explication de ce qu’est le spatial, de ce qu’il représente et de la raison pour laquelle nous en avons besoin. C’est cette juste dose entre le rêve si étroitement lié au spatial et le réel, la nécessité, l’impact que tout cela peut avoir sur la vie de chacun.

Des éléments qui vous ont marquée plus que d’autres ?

Deux choses. La première, le réel, la taille réelle. On peut observer ici des objets authentiques ou des maquettes taille réelle, prêtées par le CNES, l’ESA, la NASA… Dans un domaine où l’imaginaire occupe tant de place, il est précieux d’avoir un lieu qui montre le réel : que chacun voie ce qu’est un lanceur, un satellite, un rover. La seconde, l’immersion. Pour saisir les contraintes, pour comprendre ce que le spatial nous apporte et pourquoi il exige tant de technologies et d’efforts, il faut le faire sentir, le faire expérimenter. C’est ce que vous faites ici en permettant par exemple d’éprouver, dans vos salles, ce que ressent un astronaute. C’est là que la transmission opère vraiment.

La lutte contre la désinformation fait partie de votre feuille de route à Universcience. La place de la science dans des expositions comme les nôtres y concourt-elle, selon vous ?

Nous avons un axe fort sur l’esprit critique, sur la capacité à déchiffrer la désinformation. Et à transmettre ce qui, pour moi, importe plus encore que la science et la connaissance elles-mêmes : la démarche scientifique, celle qui permet de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Entrer par la science-fiction ou par l’imaginaire est parfois une excellente clé ; mais savoir, au bout du compte, établir cette différence, ne pas faire l’amalgame, pouvoir décrypter, voilà ce que l’on peut offrir dans des lieux comme la Cité de l’espace ou la Cité des sciences et de l’industrie.

Car parler de spatial, c’est parler de beaucoup de choses : de télécommunications, d’observation, d’impact sur l’environnement et l’océan… C’est mesurer, observer, et donc agir. C’est aussi mieux comprendre la naissance de l’univers et l’apparition de la vie. Toutes ces clés sont réunies ici, à une échelle considérable.

À la Cité des sciences comme au Palais de la découverte, c’est ce que nous cherchons à transmettre dans chaque exposition : non pas un savoir qui tombe d’en haut, mais un dialogue, un échange, une expérimentation. Se poser à chaque fois la question : mais pourquoi ? Chez les enfants, elle est spontanée ; en grandissant, on en perd peu à peu le réflexe.

Vous partagez avec Claudie Haigneré, marraine de la Cité de l’espace, un parcours de femme de science. Vous avez toutes deux été ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle a également été présidente d’Universcience de 2010 à 2015. Que vous inspire cette filiation ?

C’est un honneur, un immense honneur, quand on me dit cela. Nous avons en effet quelques similitudes de parcours. Je suis physicienne, de formation sciences pour l’ingénieur : beaucoup d’électronique, d’électrotechnique, d’automatique, ces disciplines « en -ique » où l’on se retrouve souvent bien seule lorsqu’on est une femme. Dans une carrière de chercheuse, puis aux postes à responsabilité, ce sont des choses que l’on ressent profondément.

C’est aujourd’hui l’un des axes prioritaires d’Universcience : rendre les sciences attractives pour les talents, et singulièrement pour les filles. Non pas seulement parce que nous nous privons des talents de la moitié de la population quand l’industrie et la recherche en manquent, mais parce que cette diversité, lorsqu’elle reflète la société réelle, est un gage de qualité, et c’est scientifiquement démontré. Quand on développe de l’intelligence artificielle, si seuls des hommes codent, alors le monde que l’on code sera un monde au code masculin. La médecine le rappelle : les symptômes de l’infarctus ne sont pas les mêmes chez une femme que chez un homme, et on ne l’a découvert qu’assez récemment.

Faire entrer les femmes en science, c’est donc un gage de qualité scientifique, mais aussi de fidélité au monde que nous bâtissons à l’image de notre société.