Élection : Isabelle Ferrer prend la présidence de la Semeccel
Toulousaine, femme d’action issue du secteur privé, Isabelle Ferrer a été élue à la présidence de la Semeccel par son conseil d’administration vendredi 22 mai. Élue de Toulouse Métropole depuis 2020, elle assure depuis cette date la fonction de maire de quartier de la Cité de l’espace. Dans le nouveau mandat métropolitain 2026-2033, elle a également la charge des campus économiques, dont Toulouse Aerospace et Francazal, ainsi que les relations avec l’enseignement supérieur. Un ancrage au croisement de la culture scientifique, des filières et de la transmission, en lien avec les missions de la Semeccel. Elle nous dévoile ses orientations pour le mandat à venir.
Vous venez d’être élue à la présidence de la Semeccel. Qu’est-ce qui vous touche, personnellement, dans cette nouvelle responsabilité ?
Ce que je trouve assez exceptionnel et beau, au sens premier du terme, c’est la capacité de ces lieux, qu’il s’agisse de la Cité de l’espace ou de L’Envol des Pionniers, à faire rêver, à explorer, à repousser les frontières du possible. Être présidente d’une institution qui permet cela, dans un contexte qu’on connaît, plutôt anxiogène et morose, c’est extrêmement valorisant.
Et puis il s’agit de raconter une histoire profondément toulousaine et quelque part universelle : celle de femmes et d’hommes qui ont osé imaginer l’avenir avant d’autres, qui ont osé s’aventurer alors même que rien ne leur garantissait d’aboutir. Être présidente, c’est avoir la responsabilité de faire revivre cet héritage, tout en transmettant aux nouvelles générations les valeurs qui transpirent à travers leurs aventures.
Ce qui m’émeut le plus, c’est de me dire qu’on illumine les yeux des enfants lorsqu’ils découvrent l’espace, l’aviation, les grandes aventures humaines. Les faire rêver, c’est déjà extraordinaire. Et si, par chance, on arrive à susciter des vocations, à donner confiance à des jeunes qui n’osent pas aujourd’hui inventer et explorer, à leur dire qu’avec les expériences des gens qui ont permis toutes ces conquêtes, ils peuvent eux aussi s’autoriser à inventer et à explorer, c’est parfait.
Dans votre discours lors de votre élection, vous insistez sur la dimension collective que vous souhaitez pour cette présidence.
Je conçois ma présidence comme une présidence d’écoute et de coopération. Je compte m’appuyer sur l’engagement des administrateurs, des équipes, des partenaires institutionnels, du monde économique, du monde scientifique, de tous ceux qui gravitent autour de la Cité de l’espace et de L’Envol des Pionniers. Parce que je crois davantage à la force du « nous » qu’à la logique du « je ».
D’une certaine manière, cela correspond à l’histoire que relatent ces sites : ce sont des pionniers, des chercheurs, des ingénieurs, des entrepreneurs, des enseignants qui les ont construits. Toutes les conquêtes, tous les exploits qui ont été réalisés l’ont été par des collectifs. Il me semble qu’on se doit de reproduire la même chose dans la manière de présider et de gérer la Semeccel.
Quelles sont les orientations que vous souhaitez porter pour la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers durant ce mandat ?
La première, c’est la gouvernance collective et ouverte que je viens d’évoquer. La deuxième, c’est la transmission aux jeunes générations. C’est déjà le cas, puisque la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers s’adressent largement aux jeunes, aux scolaires. Je souhaite qu’on poursuive et développe cette transmission.
Une autre orientation, importante à mes yeux, c’est que tout ce qui sera décidé doit être réfléchi à l’aune de ce qu’apportent ces sites au rayonnement de Toulouse. Toulouse est la capitale européenne de l’aéronautique et du spatial. Ces sites doivent conforter cette position et renforcer l’attractivité touristique autour de la culture scientifique.
Le troisième point, c’est l’accessibilité au plus grand nombre. Par la vulgarisation, d’abord, mais aussi par la question très pratique de l’accessibilité au sens premier du terme, pour les personnes en situation de handicap, à qui il faut donner la possibilité d’accéder à la découverte des sciences et de l’aventure humaine.
Vient ensuite le dialogue entre mémoire et avenir : continuer de valoriser l’héritage des pionniers tout en mettant en lumière les défis contemporains du spatial, de l’aviation, de l’innovation.
Enfin, le développement des partenariats. Il faut être sans cesse à la recherche de nouveaux partenaires, pour des aspects financiers bien sûr, mais pas seulement. Nous avons besoin de partenariats avec des acteurs de la recherche, de l’industrie, de l’éducation, de la culture, qui viendront nous apporter leur lumière, leurs idées, des éléments complémentaires à nos orientations.
Alors que les grands équipements culturels évoluent dans un contexte budgétaire contraint, vous défendez l’idée qu’une gestion exigeante et une grande ambition vont de pair. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous sommes dans un contexte budgétaire très contraint, avec des subventions publiques qui ne vont pas aller en augmentant. Il va falloir nous interroger, même si c’est déjà le cas, sur la manière de mobiliser de nouvelles recettes. Mais ce contexte de contraintes et d’exigence de gestion ne doit pas s’opposer à la grande ambition que nous avons pour ces sites.
Je serai particulièrement attentive à la bonne utilisation des ressources publiques, c’est évident, mais également à la recherche d’efficacité. Beaucoup d’actions ont déjà été entamées et conduites, des économies considérables ont déjà été faites sur le fonctionnement des deux sites. C’est une question essentielle, parce que sans équilibre financier, on ne peut pas envisager la pérennité économique des établissements.
Être ambitieux aujourd’hui, ce n’est pas forcément dépenser davantage. Cela nous oblige à innover, à rechercher des solutions, à développer des partenariats, à attirer de nouveaux publics, à renforcer de nouvelles coopérations. Cela nous oblige à être plus inventifs dans la manière de concevoir le fonctionnement de ces deux sites.
Nous vivons une époque de grandes transitions. Selon vous, qu’est-ce que des lieux comme la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers peuvent apporter à la société, et notamment aux jeunes, aujourd’hui ?
Le monde dans lequel nous vivons est rempli de transformations : transition écologique, révolution numérique, mutations du travail, accélération des innovations scientifiques ou technologiques. Face à la complexité des enjeux contemporains, je trouve intéressant de regarder comment les pionniers de l’époque ont fait : ils avaient leurs propres contraintes, leurs propres difficultés, mais leur pugnacité et leur audace ont permis de franchir toutes ces étapes. Il y a un parallèle à faire avec les transformations auxquelles les jeunes générations sont confrontées aujourd’hui.
Et puis, plus largement, la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers doivent réfléchir leurs nouvelles animations et leurs futurs aménagements à l’aune de ces transitions, écologique notamment, et numérique. On ne peut plus présenter d’animations sans tenir compte de l’IA ou des évolutions numériques. On ne peut plus concevoir de sites sans réfléchir aux îlots de chaleur pour les publics qui viennent visiter. Nous devons faire en sorte que nos deux sites soient exemplaires dans la mise en œuvre de ces transitions.

La Semeccel a notamment pour mission de valoriser la filière spatiale et aéronautique. Comment voyez-vous le lien entre nos sites et cet écosystème toulousain, et au-delà européen et mondial ?
Il y a déjà des liens très étroits avec l’écosystème toulousain. De nombreux partenariats sont en cours et d’autres à développer. Nous avons besoin de voir comment l’écosystème évolue, et d’adapter nos animations et nos équipements à ces évolutions, pour rester au plus près de la réalité.
Nos deux sites ont vocation à faire rayonner Toulouse au national et à l’international. Toulouse est la capitale européenne du spatial et de l’aéronautique. Les enjeux auxquels répondent ces deux secteurs — l’observation de la Terre, le climat, les télécommunications, la mobilité, la science en général — sont des enjeux primordiaux, sur lesquels reposent les coopérations internationales. Il est important que la Cité de l’espace soit dans la boucle de ces évolutions.
Mon ambition est de renforcer ces passerelles entre la culture scientifique, le monde économique, la recherche et les citoyens. Plus nous créerons de liens entre ces univers, plus nous contribuerons à faire émerger des vocations, à renforcer l’attractivité de notre territoire et à faire comprendre l’importance stratégique de ces filières pour notre avenir.
Il faut continuer dans le même temps à recevoir des délégations du monde entier. Cela nous permet, derrière, de porter cette filière de l’aéronautique et du spatial à l’international, et de faire rayonner ce savoir-faire local. C’est vraiment un outil dans la continuité de la politique publique.
Votre nomination présente une particularité : vous êtes une femme et une non-scientifique à la tête d’une structure qui valorise des univers souvent masculinisés et techniques. Que représente cette dimension pour vous ?
Je mesure la portée symbolique de cette nomination, sans pour autant réduire mon action à cette dimension. Mais je pense que cela contribue à élargir le champ des possibles, et à montrer que les responsabilités sont ouvertes à toutes et à tous.
La Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers ont précisément pour vocation de créer des passerelles entre les experts et le grand public. Moi, je me situe plus du côté du grand public. À ce titre, je considère que ma responsabilité est aussi de porter le regard des citoyens, des familles, des jeunes, de tous ceux qui s’intéressent à des aventures humaines sans en être eux-mêmes des spécialistes. Cette nomination permet de montrer que l’aéronautique, le spatial, l’aéropostale ne sont pas uniquement l’affaire d’ingénieurs et de scientifiques. Ce sont des aventures collectives qui concernent tout un chacun, et la société dans son ensemble. Surtout quand on parle d’innovation, d’audace, de progrès, de transmission et d’avenir : ce sont des valeurs que nous pouvons retrouver dans notre quotidien. Et puis, si mon élection à cette présidence peut encourager des jeunes filles à oser, je n’en serais que plus heureuse.